La vague de chaleur accroît les risques pour les réfugiés et les camionneurs qui traversent la frontière Isaccea, Roumanie (frontière du Danube entre la Roumanie et l’Ukraine) Alors que la guerre en Ukraine fait rage, la situation aux frontières a changé, et à bien des égards pour le pire. Au cours des derniers mois, le nombre de réfugiés traversant la frontière ukraino-roumaine a diminué après un afflux initial important au cours des premières semaines de la guerre. Aujourd’hui, les réfugiés restent principalement du côté ukrainien, dans des communautés telles que Reni et Ismail, car les familles peuvent rester ensemble (les hommes ne peuvent pas quitter l’Ukraine) et vivre dans un environnement plus familier plutôt que de partir pour des terres étrangères. Le problème le plus urgent est que des centaines de camions sont bloqués depuis des semaines, attendant des deux côtés de la frontière, car l’Ukraine a perdu l’accès à ses ports maritimes et le commerce s’est déplacé sur la terre ferme pour transporter les céréales et les marchandises dont le reste du monde, en particulier l’Afrique sous-saharienne, a un besoin urgent. Mais le transport maritime est étranglé aux petits postes-frontières comme celui d’Isaccea, qui sont mal équipés pour faire face à un trafic massif de marchandises, seuls quelques camions pouvant prendre place sur le petit ferry qui traverse le Danube entre la Roumanie et l’Ukraine. Malheureusement, la chaleur de l’été ne fait qu’aggraver la situation, les chauffeurs de camions restant assis dans leurs cabines surchauffées avec peu d’accès à l’eau potable, aux toilettes et à un endroit pour se reposer. Des douches de fortune ont récemment été installées par une petite ONG opérant depuis la Roumanie, qui apporte également des bouteilles d’eau potable données par un supermarché.

Le volontaire canadien David Taylor de Blue Team International a organisé le creusement d’un puits à Orlivka, un village situé sur la rive ukrainienne du Danube.
Une autre ONG, Blue Team International, a organisé le creusement d’un puits au poste de soutien aux réfugiés dans le village d’Orlivka (Cartal), d’où part le ferry pour la Roumanie. L’eau fraîche coule désormais librement et permet aux gens de se rafraîchir. “Quelques tentes, où les chauffeurs pourraient se reposer, feraient une énorme différence”, déclare Alina Vâlcu, de l’association Maria Andreea, qui apporte des dons de Roumanie en Ukraine pour aider les réfugiés, les chauffeurs routiers ainsi qu’une institution pour enfants handicapés et une maison de retraite.
Ces dernières semaines, trois chauffeurs routiers ukrainiens sont morts en attendant de passer la frontière et un autre a été gravement blessé lorsqu’il s’est évanoui et est tombé de son camion, se brisant la colonne vertébrale, a déclaré Mme Vâlcu, l’une des rares bénévoles encore présentes à la frontière. Elle collecte des fournitures auprès de divers petits donateurs, notamment dans le cadre de campagnes Go Fund Me, et les achemine vers l’Ukraine à l’aide d’un camion donné par l’organisation américaine à but non lucratif Community Organized Relief Effort.

PHOTO : Alina Valcu livre des fournitures sanitaires à une institution pour enfants handicapés en Ukraine.
La chaleur estivale dans l’est de la Roumanie rend le voyage des réfugiés (et des camionneurs) beaucoup plus difficile, voire périlleux. Anne Bull, une bénévole canadienne, travaille depuis avril au poste de soutien aux réfugiés d’Isaccea, où elle offre des rafraîchissements mais aussi des fournitures de base comme des aliments pour bébés, des cartes SIM et des articles sanitaires aux réfugiés qui traversent la frontière. Parrainée par Centras (une ONG roumaine) et animée par des bénévoles venus du Canada, des États-Unis, du Danemark et de Roumanie, la station sous tente est une oasis importante pour les réfugiés, mais aussi pour les camionneurs, dont beaucoup voyagent aussi avec leur famille de peur de la laisser derrière eux et d’être séparés.

Le centre d’aide aux réfugiés d’Orlivka, en Ukraine.
On ne peut sous-estimer le confort, la chaleur et la normalité temporaire qu’un café chaud et fait maison peut apporter, mais par ce temps, le plus apprécié est “une tasse glacée de thé sucré infusé au soleil, une touche spéciale apportée par un autre volontaire canadien et ancien cuisinier qui a préparé un sirop simple à partir de zeste de citron et de sucre”, a déclaré Bull. Parfois, cependant, il est tout aussi important de remonter le moral des gens. Un bénévole américain est arrivé avec un sac de couronnes de magasin à un dollar, et les a présentées de façon spectaculaire à de nombreuses “princesses” réfugiées – apportant des sourires aux visages des enfants stressés qui ont été forcés de quitter leurs maisons.

Des enfants ukrainiens réfugiés portant leurs couronnes offertes par un bénévole américain à la station de réfugiés d’Isaccea. Photo : Anne Bull
En Ukraine, la situation s’aggrave. Plusieurs petites communautés comme Reni ou Ismail ont été inondées de réfugiés venant de villes du sud comme Melitopol, Mariupol ou Kherson, qui ont été occupées par les troupes russes. Les institutions s’occupant d’enfants handicapés ou orphelins, les maisons de retraite et les hôpitaux ont du mal à faire face à la situation et dépendent de l’aide humanitaire même pour les produits de première nécessité comme la nourriture et les fournitures sanitaires. La guerre met à mal la capacité de l’Ukraine à prendre soin de ses groupes vulnérables. L’aide n’arrive que lentement, alors que les besoins augmentent et changent. Au début de la guerre, lors de mon premier voyage à Isaccea, des centaines de bénévoles et de nombreuses ONG apportaient leur aide, mais à mesure que la guerre s’éternisait, l’enthousiasme initial s’est estompé et le nombre de bénévoles et d’organisations a diminué. World Central Kitchen, une ONG fondée par le célèbre chef José Andrés, est toujours présente à Isaccea (et à la gare centrale de Bucarest), où elle nourrit les personnes qui passent en Roumanie. D’autres groupes, comme World Vision, sont partis, laissant derrière eux leurs tentes, qui sont maintenant occupées par des bénévoles de petites organisations communautaires qui travaillent dur pour combler les lacunes croissantes. L’aide internationale tant promise a été lente à venir. Selon un rapport de Humanitarian Outcomes, plus de 2,5 milliards d’euros ont été donnés aux efforts de réponse humanitaire liés à l’Ukraine. Toutefois, l’étude a conclu qu’environ 85 % de cette somme est détenue par des organisations d’aide internationale qui sont à peine présentes en Ukraine et doivent encore dépenser la majorité de l’argent, selon The Guardian. Le rapport indique que si les groupes de bénévoles ukrainiens “informels” et les ONG fournissent “pratiquement toute” l’aide humanitaire, ils n’ont reçu que 0,24 % – soit 6,15 millions d’euros – des dons directs. Pour l’instant, c’est donc à de petits groupes comme l’association d’Alina et Anne de continuer à aider les gens, avec l’aide des organisations communautaires, des familles et des amis, ainsi que des volontaires du côté ukrainien, des habitants des petits villages du Danube, qui font tout ce qu’ils peuvent pour aider leurs concitoyens réfugiés dans leurs communautés.

PHOTO: Maison de retraite à Satu Nou (région d’Ismail)
Des dons arrivent à la maison de retraite de la région d’Ismail. Photo : Page Facebook de l’Asociatia Maria Andreea
Les autorités pourraient également en faire plus. Dernièrement, Navrom, la société d’État roumaine qui exploite le ferry vers l’Ukraine à Isaccea, a décidé de ne plus transporter gratuitement l’aide humanitaire. La bureaucratie devrait être simplifiée pour débloquer les frontières. Les douanes devraient envoyer du personnel supplémentaire à la frontière et faire entrer plus rapidement le trafic dans le pays. Les formalités administratives devraient être accélérées et de nouveaux points de contrôle pourraient être organisés dans des zones disposant de meilleures installations, comme des aires de repos avec toilettes et douches, au lieu de maintenir les conducteurs dans des conditions inhumaines à la frontière.

